40 ANS DE VOYAGE A PIED

Et vous, pourquoi marchez-vous ?

TÉMOIGNAGES

Benoît Guinet
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Benoît Guinet

J'ai presque soixante ans et je marche depuis longtemps ; vers l'âge de dix ans, mes parents m'emmenaient régulièrement marcher dans le Champsaur situé dans les Alpes du Sud, parfois pendant de longues heures. Si ces sorties ont sans aucun doute éveillé en moi le goût de la montagne, je me souviens de moments de fatigue où seule la fin de la randonnée comptait avec des retours, où la fin de la journée sonnait comme une délivrance.
A l'adolescence, il n'était plus question pour moi de partir marcher longtemps sur les sentiers même si les promenades familiales et les pique-niques au bord des torrents étaient des moments plaisants à partager avec ceux que l'on aime.
A l'aube des années 80, le service militaire dans le Briançonnais m'amène de nouveau à de longues marches dans les Alpes, mais trop souvent à un rythme et des conditions incompatibles avec le plaisir d'être en montagne.
La période adulte et la vie de couple qui suivent avec l'arrivée des enfants sont des moments de balades tranquilles en famille avec enfants, parents et grands-parents autour d'une activité commune, accessible à tous, avec des moments de découverte et d'émerveillement au contact de la flore et de la faune sauvage.
A la quarantaine, ma volonté de changer de rythme de vie se concrétise par la reprise d'une activité physique régulière, synonyme d'espace, de liberté autour de la course et de la marche pour revivre des sensations passées et parcourir le monde : le plaisir de l'immersion dans différents environnements naturels.
Toutes ces expériences sont jalonnées d'un énorme plaisir, celui de repousser ses limites physiques avec de très longues distances, de se sentir pleinement vivant dans un environnement naturel apprécié à tout moment et dans différentes conditions : au lever du jour et du soleil, la nuit, par beau temps, sous la pluie ou avec la neige, seul avec soi-même ou avec d'autres, amis et inconnus.
Les longues marches d'enfance en montagne ont sans doute gravé en moi des traces que ces différentes expériences dans ma vie adulte ont fait remonter à la surface ; je suis pleinement conscient que le corps possède une mémoire des expériences passées et qu'il est capable de s'adapter aux exigences de la motivation.
Aujourd'hui, l'ivresse de la course à pied, avec des traversées de sites trop rapides et des rencontres trop brèves, laisse place au besoin profond de prendre davantage le temps de vivre toutes ces rencontres avec la joie de la découverte et de la contemplation d'horizons connus et inconnus, en renouvellement permanent selon les saisons et les lumières.
Ce temps commence à toute heure : tôt le matin ou bien au moment où le soleil réchauffe le cœur et le corps, et il se termine au retour à la maison ou au refuge qui sera la veille d'un nouveau départ.
Le temps de la marche se vit au moment où l'on prépare la sortie avec le repérage sur la carte, la préparation des étapes et du sac avant le départ.
Il se vit avec une pleine conscience pendant toute sa durée et se prolonge avec délice au retour par l'écriture ou la photographie, par les pensées ou les souvenirs avec ceux qui l'ont partagé.

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