40 ANS DE VOYAGE A PIED

Et vous, pourquoi marchez-vous ?

TÉMOIGNAGES

Didier Mayeur Didier Mayeur

Didier Mayeur

Enseignant

Et vous, pourquoi marchez-vous ? Question marche, je suis vraiment une petite pointure par rapport aux géants de la route, mais laissons les complexes au bord du chemin et essayons de répondre à une question que je ne me suis jamais posée. Je vais transpirer, j'en suis sûr. C'est au moins un niveau 5 ou 6 ! Pourquoi je marche ? Pour me saouler d'air, pour sentir l'orage dans les feuillages, pour écouter les ailes du vent qui bruissent, pour me battre à fleuret moucheté avec les rayons du soleil. Et aussi pour voir la pluie ou le soleil sur la peau des autres car la marche ose les rencontres et c'est de là que naît la découverte. Je marche pour croquer la vie et les fruits sans les pépins, pour toucher la terre et le ciel du pied. Et puis marcher, c'est d'une certaine façon regarder derrière pour mieux observer devant. En fait, je marche sur les traces de mes ancêtres et paradoxalement j'avance dans la vie avec ou sans boussole. Certes, marcher désoriente et on peut perdre le nord si l'on est un peu à l'ouest, mais alors on marche à tâtons, on se cherche dans tous les sens et on se trouve puisqu'on est face à soi-même. Marcher ? Peut-être est-ce se perdre tout simplement dans ses pensées et se retrouver ? Je marche, donc je suis. Je suis un autre et je suis une voie tracée ou un chemin de traverse. Je rends hommage aux pieds nus de cette marche universelle. Et alors, comme il est bon de sentir le chaud ou le froid, les feuilles ou le sable, la pierre ou le bois sous ses pieds nus, les godillots une fois retirés ! Sans le savoir, je marche peut-être pour rendre hommage à la pensée sauvage. Oui, quand je marche, mon esprit vagabonde ! Du coup, la marche soigne des pieds à la tête car elle offre une si bonne fatigue qu'elle chasse les mauvaises pensées. J'ai l'impression que mes petits pas luttent contre l'immobilisme. Marcher, c'est délaisser le présent pour l'ailleurs. Chacun de mes pas repousse l'horizon. Alors je marche pour prendre mon temps, pour freiner le monde et le retenir dans mes mollets. Marcher, n'est-ce pas suspendre le temps ? Ne vous moquez pas, je marche pour m'arrêter ! Parfois on me regarde d'un drôle d'air puis on me tourne le dos. Tant pis ! Je marche au rythme de mes pas libres, c'est ma musique à moi, mon souffle. Je peux affirmer maintenant que la marche laisse des traces dans les méandres de mes pensées et comme partout dans le monde le vent et le temps se disputent l'honneur de les effacer. Restent la mémoire et les photos, le chemin de mes seules empreintes. Face aux pages blanches du ciel et de la terre, les traces de mes pas sont des signes cabalistiques inscrits dans la poussière du chemin et que j'abandonne au vent. Je les déchiffre pas à pas. Mes marches sont des instants de vie, mes histoires secrètes. Mes pas écrivent une histoire invisible, difficile à raconter. Réflexion faite, je crois que j'ai avancé.

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