40 ANS DE VOYAGE A PIED

Et vous, pourquoi marchez-vous ?

TÉMOIGNAGES

Mathilde Salmon Mathilde Salmon

Mathilde Salmon

Conceptrice de voyages Terres d'Aventure

Petite, je n'aimais pas marcher. Je traînais la savate, toujours loin derrière ; je ronchonnais, trépignais, piétinais. Ma mère trottait devant, allez petite feignasse, et moi, gamine incomprise, les petons gonflés dans des chaussures trop serrées, était-ce ma faute si j'avais les pieds creux et les genoux cagneux, si ma cheville un peu lâche se tordait et me retardait ?! Je n'avais pas compris alors que marcher était la clé d'un monde merveilleux. Un monde de rencontres, immense, intense. Un monde qui efface la timidité et révèle la liberté. A pied, on atteint des sommets.

Ado, je n'aimais toujours pas marcher, mais il m'arrivait de partir le dimanche en randonnée avec une amie, histoire de perdre quelques grammes et de partager avec elle quelques moments privilégiés. Dans mon entourage, personne n'aurait parié que je ferais du voyage à pied ma passion, et de ma passion mon métier.

Mon goût pour la marche est né quelque part. Au Pérou, plus précisément. Je suis alors jeune étudiante, émigrée là car Esteban, Zia et Tao ont gravé dans mon âme d'enfant la promesse des Cités d'Or. Et c'est bien le Nouveau Monde que j'arpente à pied, avec sa jungle, ses villages andins, ses sites archéologiques et ses montagnes sacrées. Tout à coup, chaussures, genoux et pieds creux trouvent à s'entendre et, armée de mes bâtons de trek, je pars à la rencontre de paysages et de peuples extraordinaires. Dorénavant, marcher rime avec liberté.

Je marche depuis que j'ai compris que traîner des pieds ne faisait pas avancer. Troquer l'asphalte pour la terre battue, les pentes d'un volcan ou la forêt tropicale me rend fébrile d'excitation. Je randonne pour repousser mes limites, pour le réconfort de l'effort, pour crever d'envie de jeter l'éponge et en rire dans un demi-songe.

Aujourd'hui installée à Paris, je marche pour arrêter de courir. Métro, boulot, dodo, le tourbillon du monde moderne m'emporte, ne laissant de répit à mon âme que quelques instants volés. La vie est haute technologie, la marche est son ralenti. Une pause salutaire, pour prendre le temps, tout simplement. Je marche pour fuir une réalité, la mienne, quotidienne, et pour en rencontrer une autre, excitante, palpitante. Je marche car je suis née libre et chanceuse de voyager, d'avancer pour mon propre plaisir dans un monde multicolore.

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