40 ANS DE VOYAGE A PIED

Et vous, pourquoi marchez-vous ?

TÉMOIGNAGES

Michel Boudignon
Michel Boudignon Michel Boudignon
Michel Boudignon

Michel Boudignon

Ingénieur EDF retraité

Comme tout le monde, j'ai commencé par un an à quatre pattes, puis j'ai fait comme les grands : je me suis mis debout ! Cela m'a permis d'aller à pied à l'école (et de regarder les vitrines, surtout la boulangerie), à la gare pour le lycée, au café en face, j'ai même étendu l'exercice jusqu'à courir pour maîtriser un ballon de foot, une balle de tennis. Mais, inconsciemment, il me manquait les grands espaces et la découverte du monde. Travail et salaire acquis (les envies de lointain sans carburant, ça limite le périmètre), je me lance. Le tour des Annapurnas a été un puissant révélateur : variété des paysages, des ethnies, populations accrochées à flanc de montagne dans des climats très rudes, en équilibre précaire avec le milieu, vivant avec très peu d'argent, quasiment en autosuffisance, à plusieurs jours de toute route : j'ai trouvé en marchant il y a 30 ans bien plus que ce que je cherchais. J'ai renouvelé l'expérience. Le Zanskar, son isolement, sa minéralité, ses habitants accueillants, rieurs, curieux de ces étranges marcheurs, leurs monastères, leur vie encore organisée comme il y a plusieurs siècles avec le rôle central des moines et du bouddhisme tibétain : on remonte le temps, on redécouvre certaines de nos propres origines rurales et religieuses. Ce n'est qu'à pied que l'on peut vraiment bien observer de telles régions, de tels modes de vie, même si maintenant il y a plus de pistes carrossables. De plus, à pied, on voit et on photographie plus facilement l'instant décisif, on est plus proche des habitants, ils acceptent mieux la présence des "touristes", s'en amusent, offrent le thé ou la tsampa. Le campement, la lumière du soir et du matin, la vie au rythme de la lumière du jour, voici aussi ce que marcher apporte : un contact plus direct avec la nature, l'antithèse de la vie urbaine. Parcourir ensuite le Ladakh m'a confirmé dans cette passion de la marche pour découvrir d'autres modes de vie, en voie de disparition pour certains : le nomadisme des hauts plateaux, avec les espaces immenses qui les caractérisent, et la présence du voisin chinois, pas forcément rassurante : autrement qu'à pied, impossible de bien sentir cela ! Je me suis aussi porté vers l'Iran : l'accueil, les modes de vie semi-nomades, ou ruraux l'été et plus urbains l'hiver : comment comprendre sans marcher, avoir du temps, pouvoir échanger avec des hôtes qui nous sont proches ? Ispahan seule ou Téhéran ne révèlent pas tout le pays, ses évolutions, et ses racines. Avec tout cela, on se constitue une banque de sensations, d'amitiés, et on renouvelle toujours l'envie d'être en contact avec les gens, de contempler, de chercher l'instant, la lumière, bref... On conserve toujours l'envie de partir, mais aussi de marcher près de chez soi, car il y a aussi beaucoup à voir... Voyager, marcher, photographier, c'est à faire sans retenue, tous sens en éveil.

Voir tous nos voyages