40 ANS DE VOYAGE A PIED

Et vous, pourquoi marchez-vous ?

TÉMOIGNAGES

Philippe Chevé
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Commercial

Ce jour-là je m'étais inscris pour une sortie raquettes en montagne classée niveau 3, avec l'équipement de sécurité obligatoire, comprenant l'ARVA (appareil de recherche de victimes d'avalanche) et du pack sonde et pelle. Ayant fait l'acquisition de ce matériel je me sentais prêt pour accéder à des sommets enneigés. C'est l'occasion en tout cas de respirer un bon bol d'air frais, de faire un peu de sport, de se promener entre amis, ainsi que de découvrir de très beaux paysages montagneux enneigés !
Au lieu de rendez-vous, un monsieur arrive, il se présente "moi c'est Yvon", et il me dit que je suis seul à l'accompagner. Après avoir vérifié mon matériel, on embarque dans sa voiture direction la vallée d'Ossau. Arrivés sur site, on s'équipe et on commence notre ascension vers un refuge de montagne, au pied du massif de l'Ossau avec un dénivelé d'environ 700 mètres.
Une fois les raquettes chaussées, nous avons emprunté un petit sentier, entre les sapins. On commence notre ascension en raquettes, il y a une forte épaisseur de neige, il ne fait pas froid et le soleil est levé, une très belle journée s'annonce.
La cadence est donnée, nous marchons à bonne allure, j'espère que je vais tenir parce que la neige est abondante mais collante du fait d'une température douce. La montée en raquettes est donc plus éprouvante, à chaque pas c'est un poids supplémentaire à tirer. Je le sens très vite à mon souffle et mon rythme cardiaque s'accélère.
J'entrevois, à travers les arbres sans feuilles, la pente qu'il nous reste à gravir pour seulement sortir de la forêt, et ça m'inquiète un peu, je sors discrètement une pastille de vitamine c qui va me donner un coup de fouet.
Nous traversons la partie boisée avant de passer dans une zone bien dégagée où nous commençons à apercevoir les cimes environnantes complètement enneigées et de toute beauté.
Pas d'arrêt, on continue l'ascension, je commence à avoir chaud, Yvon me demande si ça va, je lui réponds que oui, par fierté ou pour ne pas le décevoir, je sais que cet homme va m'en apprendre beaucoup sur la montagne.
Notre progression est de 450 mètres à l'heure, moi qui n'ai pas d'entraînement, j'en bave mais j'en ai aussi besoin. Ma semaine de travail a été assez fatigante nerveusement et je recherche aussi ces difficultés pour oublier. L'esprit est absorbé par l'effort et mes pensées sont canalisées sur l'instant présent, avec Yvon devant moi qui trace, ça promet.
Une petite, toute petite pause s'impose, j'en profite pour vider ma gourde d'un trait, Yvon ne boit rien, pas une goutte d'eau, il semble très content de moi, il me dit :
- On est à la moitié du parcours, à cette allure on aura atteint le refuge dans moins d'une heure !
La deuxième heure de montée a été plus physique que la première, on a coupé à travers, en quittant le sentier tracé auparavant par des skieurs de randonnée, pour prendre une pente plus abrupte. Personne sur notre route, nous sommes seuls, et nous apercevons le refuge de Pombie, planté sur le versant sud-ouest, au pied de cet imposant pic du Midi d'Ossau.
Très heureux d'arriver à destination, je suis sur la réserve, il me faut 10 minutes pour récupérer, pendant que j'écoute Yvon me raconter quelques anecdotes de sa vie de montagnard. J'apprends qu'il part très souvent dans l'Himalaya, qu'il a une très grande expérience de la montagne, qu'il a parcouru la planète en quête de sensations fortes.
Un pur passionné. Il me dit :
- Je vais te former à l'utilisation de l'ARVA.
C'est un appareil électronique émetteur-récepteur d'un signal radio particulier, destiné à localiser rapidement son porteur si celui-ci est enfoui sous une avalanche de neige, par un autre ARVA manipulé à proximité par une personne portant secours.
Il a simulé les suites d'une avalanche après avoir enfoui, à mon insu, mon détecteur armé juste avant, et il m'a guidé dans ma prise en main de cet appareil.
Parce qu'il faut faire vite, au-delà d'un quart d'heure passé sous la neige (90% de chances de survie), les chances de retrouver des survivants diminuent très rapidement.
Il s'agit de parcourir la zone de dépôt de l'avalanche par bandes successives sur toute sa largeur pour capter un premier signal d'émission. Chaque ARVA a une portée maximale de 20 à 60 m selon les appareils, qui doit servir de référence pour déterminer la "profondeur" des bandes. En pratique, une traversée tous les 20m environ permet d'être sûr de balayer toute la zone, surtout si on ne sait pas quel type d'appareil possède la victime.
Lorsque le signal d'émission est proche du maximum, la recherche finale permet de localiser précisément l'endroit où planter la sonde pour un premier contact avec la victime et d'utiliser la pelle à neige, intégrée dans le kit, de façon à déblayer et extraire rapidement la victime.
Il m'aura fallu 15 minutes pour localiser mon appareil dans de très bonnes conditions et cela grâce à l'apprentissage reçu d'Yvon.
Nous sommes restés là-haut une bonne heure et demie avant de chausser les raquettes pour entamer la descente. Aussi rapide que la montée, elle fut cependant beaucoup moins éprouvante.
Un peu plus tard, dans l'après-midi nous retrouvons l'autre groupe qui termine sa randonnée, nous nous joignons à eux pour finir agréablement la journée autour d'un verre.

"Pour moi, il y a une montagne, la même pour tous, que nous gravissons les uns et les autres par des sentiers différents. Les uns montent par ici, d'autres par-là, mais nous avons tous, les uns et les autres, l'ambition ou l'espoir de nous retrouver au sommet, dans la lumière, au-dessus des nuages."

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