40 ANS DE VOYAGE A PIED

Et vous, pourquoi marchez-vous ?

TÉMOIGNAGES

Titouan Lamazou Titouan Lamazou

Titouan Lamazou

Artiste voyageur

La nostalgie des platanes

Quelle surprise lorsqu’au détour d’une nationale l’on emprunte une voie bordée de platanes.
Cela fait belle lurette qu’un écureuil de Perpignan ne peut plus rejoindre ses cousins de Lille, bondissant de branche en branche et sans toucher terre. Le temps des forêts à brigands appartient à l’histoire. Nos campagnes sont depuis longtemps, au mieux, creusées de fossés et sculptées par les talus, au pire, quadrillées de fil de fer barbelé ou débarrassées de tout arbre, à l’exception de bosquets malingres.
Je me souviens de quelques routes et chemins ombragés qui parcouraient, dans mon enfance, cette nature domestiquée. Les platanes, plantés dit-on par Napoléon pour ses armées, offraient de charmants paysages. Mais ils préservaient surtout du soleil et des intempéries les marcheurs ordinaires, les compagnons du tour de France, les muletiers et les chars à bœufs… Qui aurait pu, à l’époque où l’on érigeait ces haies, imaginer le simple concept de percuter un tronc d’arbre à 150 kilomètres à l’heure ? Qui aurait pu alors concevoir les arbres comme prédateurs plutôt qu’alliés du voyageur ?
Aujourd’hui, le marcheur du bord de route se fait rare. Cheminer au pas le long d’une bande de goudron, aussi égarée soit-elle, relève du défi mortel.
Le tout-automobile fait loi. Et les platanes seront bientôt tous rasés.

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