Le Nil au Sud Soudan : source d'envie, de conflit et de vie

Michel Laplace-Toulouse

Conférencier

Michel Laplace-Toulouse

Durée

50 mn

Horaire

14h30

Résumé

Le Soudan était le plus grand pays d'Afrique. Grand comme 5 fois la France, le nord et le sud étaient/sont deux mondes diamétralement opposés. Aujourd'hui le sud est devenu le 54ème pays d'Afrique. Cette transition n'est pas sans douleur et cela à cause de l'éternelle convoitise, et des manigances politiques que représentent un sous-sol riche en pétrole et d'une autre richesse : les eaux du Nil.

Il a fallu aussi des décennies de guerres civiles contre le gouvernement de Khartoum pour que les Soudanais du sud atteignent une certaine autonomie vis-à-vis de leur gouvernement du nord. Pendant ces années de guerre, le sud du pays s'est retrouvé dans une espèce de capsule temporaire où développement, éducation, progrès n'existaient pas.

Tout commença en fait par un projet de développement en 1980, la construction du canal de Jonglei. Ce canal devait éliminer le passage d'une partie des eaux du Nil Blanc, à travers cet immense marais que représente le sud, en moyenne d'une surface moyenne de 33000 km2, il atteint en saison des pluies plus de 100000 km2. Le Nil se répand sur cette immense surface et l'évaporation est gigantesque. En construisant ce canal, les gouvernements de Khartoum et du Caire espéraient récupérer ainsi un supplément d'eau de l'ordre de 5 à 7% de l'apport d'eau du Nil en Egypte.

Mais le gouvernement de Khartoum avait minimalisé l'impact que ce canal pouvait avoir sur les populations Dinka et Nuer de la région. Ce canal allait certainement diminuer la taille des plaines inondables et réduire ainsi les pâturages à la disposition de ces nomades. Depuis toujours, ces deux peuples suivent avec leur bétail, pendant la saison sèche, le recul des eaux et les jeunes pousses d'herbe fraîche qui en résultent. La diversion des eaux du Nil allait certainement altérer cette herbe en constant renouvellement lors de la saison sèche. En 1983 L'attaque sur l'immense machine à creuser le canal déclencha le début de la seconde guerre d'indépendance. Aujourd'hui, bulldozers, grues et autres machineries abandonnées dans les villages montrent la vitesse avec laquelle la société responsable des travaux quitta le pays.

La crainte de la perte du contrôle de l'eau et de leurs pâturages, la mainmise du gouvernement du nord sur les champs pétroliers plus une intolérance raciale, ethnique et religieuse de la part de Khartoum furent les raisons principales de la deuxième guerre civile du Soudan, celle-ci dura jusqu'en 2005. Aujourd'hui les frictions entre les deux gouvernements sont toujours aussi vives et la paix du moment incertaine.

Cette période transitoire arrive maintenant à sa fin, les populations du Sud Soudan ont donc choisi de se séparer de leurs frères ennemis du nord. Aujourd'hui le pétrole reste l'enjeu majeur, et la paix n'est pas acquise, en effet beaucoup craignent une prise de territoire du Sud Soudan par le nord, la majorité des champs pétroliers se trouvant dans la zone de Abyei proche de la future frontière entre le nord et le sud.

Le sud, est le territoire des Nuers et des Dinkas. Frères ennemis ils mènent la vie traditionnelle des pasteurs nomades africains, déplaçant leur bétail et leurs camps en fonction de l'eau. Ici à Tioch, au sud de Malakal, à seulement quelques kilomètres d'une plateforme pétrolière moldave, hommes et animaux épousent le rythme des eaux du Nil et celui de la pousse de l'herbe des plaines.

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Crédits photos : © Michel Laplace-Toulouse