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Le Bhouthan : 3 questions à Anthony Nicolazzi

Estelle Abecassis
Le Bhouthan : 3 questions à Anthony Nicolazzi

Anthony Nicolazzi, rédacteur en chef de Grands Reportages et Trek Magazine répond aujourd'hui à nos questions sur le Bhoutan.

— Terres d'Aventure : Le Bhoutan est le dernier royaume bouddhiste de l'Himalaya, enclavé entre l'Inde et le Tibet, pas facile comme situation ?

Anthony Nicolazzi : Il est vrai que la situation du Bhoutan, coincé entre ces deux géants, pourrait sembler fragile. Mais la grande force du pays réside sans doute dans les excellentes relations qu'il entretient avec ses voisins, via des partenariats économiques stratégiques importants : santé, denrées alimentaires avec l'Inde, hydroélectricité avec la Chine... Le taux de développement du pays est assez stupéfiant pour nos yeux profanes. Tout semble respirer une forme d'abondance, des hôpitaux gratuits pour la population à l'architecture des maisons, toujours impeccables, en passant par la grandeur des dzongs, les temples forteresses que l'on trouve dans tout le pays. Lorsqu'on connaît un peu le Népal ou l'Inde, parler de « miracle bhoutanais » n'est sans doute pas un vain mot.

Dzong de Punakha - ©Thomas Callens

— T. A. : C'est pourtant l'un des pays les plus fermés au monde, où la télévision et internet ne sont autorisés que depuis 1999.

A.N. : C'est en effet l'image qu'il renvoie, notamment en raison de la politique « élitiste » en termes de tourisme, même si celui-ci se développe. Bien que le pays soit situé dans l'Himalaya, l'alpinisme reste anecdotique, les principaux sommets étant interdits d'ascension car considérés comme sacrés. Plusieurs grands itinéraires de trekking existent, à l'image du Snowman Trek, mais fondamentalement, la principale raison qui nous incite à découvrir le Bhoutan est avant tout sa particularité culturelle : la place de la religion — le bouddhisme tibétain — ou de la monarchie dans la société bhoutanaise, le port obligatoire du gho — le costume traditionnel — dans l'administration... Tous ces éléments confèrent au Bhoutan l'image d'un pays fermé, conservateur, en contradiction avec le discours abondamment relayé par les commentateurs du « pays du bonheur national brut ».

— T. A. : Précisément, qu'est ce que ce concept de "bonheur national brut" ?

A.N. : À l'origine, c'est presque une boutade, énoncée par le roi du Bhoutan en 1972, en réponse à un journaliste américain qui l'interrogeait sur le PIB du pays. Ce que signifiait le roi, c'est que le développement d'un pays, au-delà des indices économiques, doit aussi se mesurer à l'aune de la conservation de la culture, de la sauvegarde de l'environnement et des ressources ou d'une bonne gouvernance responsable. Le Bhoutan est confronté aux mêmes problématiques que partout ailleurs, mais c'est désormais une monarchie parlementaire très en phase avec la population. Aujourd'hui, au Bhoutan, tout le monde est en permanence connecté à son mobile et à Internet, et le moindre petit problème génère des débats et des discussions sans fin, des pétitions et des groupes Facebook. Et de fait, le pouvoir est très réactif et très à l'écoute de la société bhoutanaise. Et si, sur le plan culturel, l'identité bhoutanaise demeure un ciment national, les Bhoutanais sont très progressistes sur des questions de société telles que l'homosexualité par exemple. En réalité, les Bhoutanais sont loin d'être coupés du monde ; ils semblent même bien en avance sur nos sociétés dans pas mal de domaines.

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