Terre, une invitation au voyage

Fleuves et canaux : en selle !

Olivier Razemon
Fleuves et canaux : en selle !

Pédaler pour voyager est un plaisir redoutable… et renouvelable. Le long d’un cours d’eau, la lente découverte du paysage s’apparente à une croisière dont le cycliste serait lui-même le moteur.

Le corps se tient droit, les jambes fournissent un effort modéré et régulier, le regard embrasse l'horizon et découvre le paysage qui défile lentement. La présence du cours d'eau tout proche offre, non seulement, une perspective rafraîchissante mais aussi la garantie que le chemin qui le longe restera plat. La vallée s'élargit, se rétrécit, s'évase à nouveau au gré des soubresauts géologiques. La région se révèle, coteaux, villages, alpages, ou encore les spécialités agricoles et culinaires, qui semblent à portée de main. La journée avance et bientôt se creuse la faim, une saine faim de produits locaux : miel de pays, fruits des vergers, terrines maison, vin d'appellation contrôlée. A vélo, on progresse au son du cliquetis des vitesses que l'on passe d'un mouvement du pouce, de la brise légère et du gazouillement des oiseaux. On se plaît à arbitrer entre vitesse et lenteur. Les étapes, entre 40 et 70 kilomètres chacune, permettent de déterminer chaque matin le temps que l'on consacre à l'étape du jour, en fonction de la météo, des monuments à visiter en chemin, de la forme ou de la fatigue des voyageurs. C'est magique : on peut s'arrêter où l'on veut, et repartir d'un simple coup de pédale. Les itinéraires choisis par Terres d'Aventure au bord des fleuves et canaux privilégient des régions à fort caractère : les voies vertes et sites historiques de Bourgogne, les rives du lac de Constance, les châteaux de la Loire, la descente des Alpes italiennes à la lagune de Venise, ou encore les rives du Danube, au coeur de l'Autriche. Une aventure en soi. 

Sur les rives du Danube - ©Laurent Bouvet/RAPSODIA

Le goût de l'Autriche 

Sur les rives du Danube : de Passau à Vienne, nous vous emmenons traverser près de quatre régions différentes.  

Dans chaque région de ce pays chargé d'histoire et de patrimoine, les randonneurs seront séduits par la permanence de l'architecture, la diversité des panoramas et la singularité des villes.

Au loin, le clocher qui miroite au soleil annonce un village. En forme de bulbe, surmonté d'une croix, il domine l'église dont les toits pentus rappellent au voyageur estival qu'ici, l'hiver, il neige. Bientôt, des détails surgissent : de hautes bâtisses aux tons pastel se reflétant dans le fleuve, un château posé sur une colline, une allée ombragée, quelques barques amarrées dans un petit port fluvial. Entre Passau et Vienne, le Danube ne traverse qu'une grande ville, Linz, restée authentique. Il faut s'y poser, baguenauder dans les ruelles pavées, observer le bal des tramways, commander un café à la crème sur la Hauptplatz. Au centre de la place, la « colonne de la Trinité », surmontée d'un soleil doré, fut érigée au XVIIIe siècle pour remercier les Saint-Patrons de la ville d'avoir épargné les habitants de diverses catastrophes. Chaque région traversée possède son propre caractère. En aval de Linz, la plaine fluviale offre des berges ombragées et ses digues toutes droites. La piste s'écarte parfois du rivage pour serpenter entre les champs de tournesol, les roses trémières et les épis de maïs. On fera une halte à Enns, qui se décrit volontiers, mais c'est controversé, comme « la plus vieille ville d'Autriche ». Planté au milieu de la place du marché, le beffroi offre une vue sur toute la région. Le Mostviertel tire son nom du « Most », une boisson légèrement alcoolisée à base de pommes, de poires ou de raisins. Le paysage se fait plus vallonné, les perspectives s'effacent derrière les collines. Puis les voyageurs découvrent la Wachau, l'une des plus jolies régions d'Autriche. Sur les pentes escarpées, on cultive la vigne. Dans les grandes demeures des vignerons qui ont réussi, les amateurs se plieront au rituel de la dégustation. A Emmersdorf, on pénètrera sans faire de bruit dans la Magdalenenkapelle, une petite chapelle au sol carrelé et aux murs épais blanchis de chaux. Le moindre gasthof fournit le prétexte d'un ravitaillement. On s'assied sur de simples bancs surmontés d'une table du même bois et on commande, c'est selon, un capuccino, un jus de fruit ou une bière de saison. Les plus affamés engloutiront une glace, mais gare au redémarrage !

A la découverte des merveilles architecturales de Vienne - ©Laurent Bouvet/RAPSODIA

Vienne, métropole impériale

On peut passer deux jours, ou bien davantage, dans la métropole animée qu'est Vienne. Pour saisir son histoire, admirer ses palais, mais aussi découvrir les traditions populaires encore vivaces.

Le voyageur qui atteint Vienne ne peut oublier l'empire dont elle fut la capitale. L'Autriche-Hongrie, plus vaste que la France, s'étendait voici encore un siècle des confins de la Suisse au coeur de l'actuelle Ukraine, de la Pologne méridionale aux rives de l'Adriatique. C'est sur le « Ring », boulevard circulaire, que l'on prend pleinement la mesure de la majesté de la métropole.

Les monuments somptueux, tous ornés de colonnes, de frontons et de balcons ouvragés, se succèdent : l'Opéra, le Parlement, les musées, la Bourse, l'université, et bien sûr la Hofburg, qui fut le palais de l'empereur, véritable ville dans la ville. On chemine entre des statues représentants des chevaliers posant fièrement sur leur monture et sous l'oeil perçant des aigles bicéphales aux ailes déployées qui ornent les bâtiments.

Pour se reposer de ces dorures impériales, on pourra s'encanailler à peu de frais au Prater, le parc d'attraction datant du XIXe siècle, aussi célèbre qu'indémodable. Montagnes russes, train fantôme et nacelles tournoyantes, sans oublier la fameuse grande roue, enthousiasmeront les petits et les grands ! On se restaurera au Schweizerhaus, un gigantesque Biergarten, « jardin à bière », où des serveurs stylés servent des saucisses, des escalopes viennoises et des bretzels à toute heure. Les Viennois se sont approprié le vélo comme moyen de transport. Il ne faut pas hésiter à les imiter. On pédale sans souci, profitant des pistes confortables, des carrefours bien pensés et des rues apaisées. Mais, au moins une fois, on montera dans l'un de ces tramways rouges d'un autre âge. Pour le plaisir.

Hofburg, Vienne - ©Laurent Bouvet/RAPSODIA

L'abbaye de Melk, joyau architectural

Cet impressionnant édifice religieux date du XIe siècle mais les bâtiments actuels ont été construits au XVIIIe. Melk, connue de tous les Autrichiens, constitue l'étape culturelle incontournable de ce voyage.

De loin, on la confondrait presque avec un énorme gâteau à la pêche surmonté de crème chantilly. Avec ses hauts murs orangés et ses clochers virevoltant, surplombant le Danube, l'abbaye bénédictine de Melk est le plus imposant bâtiment dressé sur le parcours. Les amateurs d'architecture symétrique et ouvragée feront crisser sous leurs pas le gravillon de la grande cour. Les façades datant du XVIIIe siècle, dotées de multiples fenêtres parfaitement parallèles, de balcons d'ornement et de statues intransigeantes, pourraient être celles d'un château. La visite, qui inclut notamment la somptueuse bibliothèque de l'abbaye, est payante, mais on peut se contenter de quelques pas dans l'église, en y pénétrant par une porte dérobée. Les plafonds chargés de peintures baroques, éclairés par des rais de lumière provenant des vitraux, imposent au visiteur toute la puissance et l'opulence du clergé. L'été, des concerts de musique classique sont donnés régulièrement dans l'église ou dans un jardin attenant.

L'abbaye de Melk - ©Laurent Bouvet/RAPSODIA

Une véloroute de qualité

La piste cyclable qui longe le Danube a été pensée pour les voyages au long cours. On y pédale à son aise, seul ou à plusieurs, sans craindre de rencontrer un obstacle ni de faire fausse route.

Pas un nid-de-poule, pas une aspérité, pas un virage brusque qui forcerait le cycliste à ralentir. Le ruban de bitume, aménagé sur d'anciens chemins de halage, régulièrement entretenu, est prêt à l'emploi. Assez large pour que l'on puisse pédaler à deux de front tout en croisant les cyclistes venant en sens inverse, la piste est très fréquentée, par les cyclotouristes, mais aussi par des sportifs, des familles ou simplement des promeneurs. La véloroute emprunte parfois une route secondaire, sur laquelle circulent également des voitures. Sauf rare exception, les relations sont cordiales avec les automobilistes, habitués à partager la route. La signalisation a, elle aussi, été pensée pour le vélo. Les panneaux dédiés, caractères blancs sur fond vert, fournissent toutes les informations dont on a besoin : direction, bifurcation, kilométrage, éventuelle déviation. Le nombre de kilomètres est calculé à partir des centres-villes, car c'est là que, souvent, le cycliste se rend, plutôt que dans la périphérie.

Sur les rives du Danube - ©Laurent Bouvet/RAPSODIA

La "jause"

La Jause est bien plus qu'un simple sandwich, mais un casse-croûte revigorant et une véritable institution populaire. Le voyageur la consomme le midi, à l'abri d'un arbre ou dans un champ.

Du pain aux graines de cumin ou de fenouil, du jambon de pays ou du salami, une tranche de fromage, un cornichon coupé dans le sens de la longueur : c'est la « Jause », le sandwich populaire autrichien, idéal pour le pique-nique du midi. Ce casse-croûte ne se vend pas sous vide dans les étals d'un quelconque hypermarché. On le commande sur mesure, au rayon charcuterie et crèmerie de n'importe quel magasin ; la vendeuse se fera un plaisir de vous le confectionner. A déguster avec un demi-litre de « Hollersaft », du jus de sureau éventuellement coupé avec de l'eau gazeuse, ou avec du jus de pomme.

Les abricots, indispensables compagnons du voyageur

L'abricot de la Wachau fait partie de ces fruits cultivés avec amour sur les coteaux gorgés de soleil. Rencontre avec des producteurs installés au bord du Danube depuis cinq générations.

« C'est mon arrière-arrière-grand-père qui a planté les abricotiers ! » Franz Muthenthaler et Birgit Mackhörndl sont fiers de leurs abricots, de beaux fruits ambrés aux reflets sanguins qui mûrissent début juillet. On peut bien sûr en croquer pour le goûter, mais aussi tester les multiples préparations proposées par les exploitants : « de la confiture, du jus, de la liqueur, du schnaps, et même de la moutarde », énumère Frank en faisant visiter la cave où sont entreposés tous ces trésors. L'exploitation, qui produit également des cerises et du vin, est directement accessible de la piste cyclable qui surplombe le Danube, dans le hameau de Schwallenbach. Des arceaux à vélo sont disposés devant le petit établissement, où l'on sert aussi du café et de quoi se ravitailler. Pour goûter, il suffit de demander, mais attention : si en allemand, « abricots » se dit « aprikosen », en Autriche, il faut utiliser le terme « marillen »... sous peine de passer pour un envahisseur prussien. Le paysage aride de la Wachau convient parfaitement aux arbres fruitiers, dont les cueillettes se succèdent au cours de la saison : cerises, abricots, raisins, pommes, poires. Au coeur de l'été, lorsque la chaleur frappe la région, chaque village organise à tour de rôle, chaque semaine, une fête populaire autour de l'abricot. Orchestre, dégustations de tartes et de liqueurs et chansons régionales sont au programme.

Sur l'exploitation d'abricots du hameau de Schwallenbach - ©Laurent Bouvet/RAPSODIA

Le Danube, un fleuve et ses caprices

On peut rester longuement sur les berges à admirer ce géant poursuivre son chemin vers l'Europe centrale. Portrait de ce long fleuve au caractère intense et sauvage.

Tantôt alangui, tantôt impétueux, le Danube est un fleuve majestueux qui accompagne le voyageur tout au long de son périple. Tel jour, il semble dormir, comme un étang paresseux colonisé par les moustiques, reflétant platement les lambeaux de ciel. Le lendemain, le voici furieux, resserré, s'élançant tel un torrent sauvage à travers les Préalpes autrichiennes. Le fleuve force le respect autant qu'il force les verrous que la nature lui a imposés sur son passage. En fin de journée, il se pare de couleurs vespérales, miroir du soleil couchant et des lampadaires. Traversant dix pays, le Danube fait l'objet d'une stricte réglementation internationale. On observera sur les berges les panneaux qui indiquent leurs droits et devoirs aux capitaines des navires : ici un éclair stylisé, là un nombre, là encore une flèche énigmatique. La nuit, des phares clignotent sur les berges. Le fleuve n'en est pas moins resté sauvage, et l'on peut apercevoir à ses abords, selon l'heure de la journée, un renard, un chevreuil ou une couleuvre. Les habitants de la vallée sont habitués à craindre les colères fluviales, au point que certains ont inscrit, à même les murs de leur maison, la hauteur de l'eau lors des crues les plus dévastatrices. La dernière date de 2012.

Grein, Autriche - ©Laurent Bouvet/RAPSODIA

Paré pour l'aventure

Pour avaler une cinquantaine de kilomètres par jour, mieux vaut un bon vélo, robuste et maniable. Et prévoir, avant le départ de chaque étape, un inventaire du matériel à emporter dans les sacoches.

Un cadre en col de cygne facile à enjamber, un dérailleur comprenant 21 vitesses, une selle de qualité et un guidon où l'on peut reposer les mains : Terres d'Aventure a choisi les vélos de location pour leur confort et leur robustesse. Dotés d'un cadre en aluminium, fabriqués spécialement pour la randonnée tout-terrain par un artisan autrichien, ces bicyclettes conviennent aussi bien aux femmes qu'aux hommes. Elles sont livrées avec deux sacoches. On accroche la première le long de la roue arrière, et la seconde sur le devant, histoire d'avoir accès aux indispensables objets que l'on va utiliser pendant la journée : appareil photo, téléphone, portefeuille, jumelles, crème solaire, etc. Chaque groupe de randonneurs est également pourvu d'une pompe, d'un antivol et d'un kit de réparation permettant de parer aux crevaisons. La longueur des étapes ne nécessite pas impérativement une tenue sportive. On peut pédaler en short, ou en cuissard, et s'équiper de vêtements plus ou moins chauds selon la saison. On emporte chaque jour un minimum de bagages, de quoi subsister quelques heures. On n'oubliera ni les lunettes de soleil, ni la casquette en cas de soleil éclatant. Quant au vêtement de pluie, il faut le choisir léger et pas trop ample, de façon à éviter la prise au vent. Le reste des bagages, regroupés dans une valise, doit être laissé le matin à la réception de l'hôtel avant 9h. La livraison sera effectuée au plus tard à 18h à l'hôtel de destination. La plupart des établissements, habitués à la clientèle cycliste, disposent de garages destinés à abriter les vélos.

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