Terre, une invitation au voyage

Îles et littoral : en selle !

Valentin Chemineau
Îles et littoral : en selle !

Pédaler le nez dans les embruns, voir apparaître la Grande Bleue au détour d’un chemin, longer l’océan pendant des kilomètres… Un itinéraire iodé donne du sel au périple. Il reste à choisir sa façon d’approcher la mer.

On la rejoint depuis les montagnes, comme celles du Tyrol ou des Pyrénées, ou depuis la ville, Rennes, Paris, Ljubljana en Slovénie. Elle devient le but ultime, tant attendu, avant de s'étendre à perte de vue au-delà du guidon. On peut préférer un circuit marin de A à Z, avec des échappées dans l'arrière-pays basque, normand, toscan. Pourquoi pas la traverser ? On embarque à bord d'un ferry, son vélo à la main, vers une île - Elbe, Jersey, Arz. -, voire un archipel, tel celui de Turku, en Finlande, dans la Baltique. Fouetté par l'air du large, on fait une halte pour déguster des huîtres au bord du bassin d'Arcachon ou découvrir la pêche du jour dans un petit port de Majorque.

Il n'y a qu'à mettre pied à terre pour se baigner dans l'eau cristalline d'une crique isolée, dans des senteurs de pinède, ou plonger dans les vagues d'une plage plus sauvage. Ambiance méditerranéenne ou océanique, à vous de planter le décor.

Pédaler à son rythme, tranquille ou tonique, permet d'aborder différemment des lieux comme Venise, le Mont-Saint-Michel ou Londres. Voilà qu'à l'heure de l'Eurostar et du Tunnel sous la Manche, on ne cherche pas à rallier le plus rapidement possible la capitale de la plus grande île d'Europe, bien au contraire. On change de braquet pour voyager autrement et renouer avec l'aventure...

Sur la route ralliant Londres à Paris

Au fil d'un trajet millénaire

De Paris à Londres en vélo, récit d'une aventure tout en douceur.

Après un copieux petit déjeuner, on enfourche sa bicyclette pour parcourir une soixantaine de kilomètres par jour. Avec des haltes au gré de ses envies, suggérées dans le road book : devant un château de la région parisienne, un vieux lavoir normand, un marché coloré de la banlieue de Londres.

Il suffit de suivre le panneau Paris-London, jaune et noir côté français, bleu et blanc côté anglais, repérable au cycliste qui y est dessiné. Ce circuit de 367 kilomètres a été intégralement balisé pour les Jeux Olympiques de Londres de 2012, entre la cathédrale Notre-Dame de Paris - le kilomètre zéro -, et l'abbaye de Westminster. On parcourt en moyenne 60 kilomètres par jour. Les paysages varient le long d'un trajet millénaire, des boucles de la Seine à la campagne anglaise, via le bocage normand. Les liens entre l'Angleterre et la France ne datent pas d'hier. En pleine forêt, on imagine voir surgir au galop un messager muni d'une missive urgente pour la cour de l'un de ces deux anciens royaumes. Mais nous sommes bel et bien au XXIe siècle, avec des étapes dans des hôtels aux lits douillets, où sont acheminées les valises. Son road book extrêmement précis sur le guidon de son VTC, glissé dans le rabat plastifié de la sacoche, on prend des chemins de traverse jusqu'au pied de Big Ben. Avec une grisante sensation de triomphe lorsque l'on franchit la Tamise, sur le pont de Chelsea, entre les taxis noirs et les bus à impériale.

Petit village normand - ©Valentin Chemineau

Dans les rails

Les vaches normandes ne regardent plus passer les trains, mais les cyclistes...

L'Avenue Verte, entre Forges-les-Eaux et Dieppe, suit les rails d'une ancienne voie ferrée, en pente douce jusqu'à la mer. Les petites gares ont été transformées en bistrots sympathiques. On se dégourdit les mollets dans le parc du château de Mesnières-en-Bray, trésor de l'architecture Renaissance, peuplé de paons et de chèvres naines. Vers le kilomètre 40, à Meulers, on ne rate pas l'ancienne maison de garde-barrière de Denise, 80 ans, décorée dans un style 100% kitch. Après un pique-nique dans le joli parc Weber, à Saint-Aubin-le-Cauf, terminus sur la plage de galets, devant la Manche, entre les falaises de craie du Pays de Caux.

Au château de Mesnières-en-Bray, Seine-Maritime, Normandie - ©Valentin Chemineau

Sous le charme de Brighton

C'est l'étape glamour de l'itinéraire.

Depuis la marina, on longe la plage de la célèbre station balnéaire lancée vers 1870 par le « Rothschild indien », Albert Abdullah David Sassoon. Pourquoi pas s'y baigner ? La piste cyclable suit, sur quelques centaines de mètres, le plus vieux chemin de fer électrique au monde, Volks Electric Railway. Près de la grande roue, on attache son vélo et on gagne le fameux Pier de 1899 avec sa fête foraine, ses machines à sous, son fish & chips.

Plus loin, les vestiges fantomatiques de l'autre jetée, le West Pier, brûlé en 2003. On se perd ensuite entre les ruelles des Lanes et les boutiques excentriques de North Laine. On peut visiter le Brighton Pavilion, d'aspect indien mais à l'intérieur chinois, dessiné au début du XIXe siècle par John Nash, l'architecte du Palais de Buckingham, devant lequel on pédalera le lendemain à Londres.

Longer les rives de Brighton - ©Valentin Chemineau

A nous les pistes anglaises

Débarqué du ferry sur la plus grande île d'Europe, on garde sa gauche le long du littoral puis à travers la vallée de Devil's Dyke, la Tilgate Forest, la campagne du North Downs. L'approche de Londres se fait via une succession de parcs, avant l'arrivée devant Westminster Abbey, point final du Paris-Londres. Au port de Dieppe, on descend de vélo pour franchir la douane à pied. Les cyclistes embarquent avant les voitures et les poids lourds dans le ventre du ferry, la Côte d'Albâtre. On dîne à bord en approchant des rives de l'île de Grande-Bretagne, destination Newhaven.

Sur le ferry entre Dieppe et Newhaven - ©Valentin Chemineau

Le lendemain, l'estomac bien calé par un english breakfast - oeufs et bacon, vous voilà parés pour les premiers tours de roue Outre-Manche. D'autant que le circuit débute par une sacrée côte, bordée des typiques maisons à bow-windows en briques rouges. Au kilomètre 9, Marine Parade, l'un des plus beaux tronçons du Paris-Londres : deux kilomètres au ras des flots sous les falaises blanches. Le vent souffle, la mer est agitée, le panorama grandiose. Dans la charmante station balnéaire de Brighton, on contemple une dernière fois le Channel depuis le Pier, avant de quitter le littoral à l'assaut de la campagne du Sussex. Un mariage est célébré dans la petite église de Newtimber, du XIIIe siècle. Des retardataires se changent derrière leur voiture, sous un parapluie, scène fugace rappelant le film « Quatre mariages et un enterrement ». Non invité à la noce, on poursuit sa route à travers un paysage vallonné, jalonné de superbes propriétés, des moutons broutant de-ci de-là... Un cadre digne de la petite reine !

En arrivant vers Big Ben, à Londres

D'autres capitales à rallier

Terres d'Aventure propose deux autres circuits ralliant des capitales européennes. Pour Londres-Amsterdam, la capitale anglaise sert cette fois de point de départ. Les premiers kilomètres s'étirent magnifiquement le long de la Tamise. Ce parcours traverse quatre pays : la Grande-Bretagne, la France sur un mini-tronçon après l'arrivée au port de Dunkerque, la côte belge du sud au nord et les Pays-Bas au fil des canaux. On peut aussi pédaler entre Vienne et Budapest. L'itinéraire suit le cours du Danube via une troisième capitale, Bratislava, en Slovaquie, en passant par la Suisse hongroise et les landes solitaires de Slovénie.

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