40 ANS DE VOYAGE A PIED

Et vous, pourquoi marchez-vous ?

TÉMOIGNAGES

Charles Gresle Charles Gresle

Charles Gresle

Retraité

Pourquoi je marche.
Avant la marche était l'idée du voyage.
Cette envie de voyage je la dois, d'abord, à mes lectures d'enfants : Les mines du Roi Salomon, Croc-Blanc, Le Livre de la jungle.
Je la dois aussi à un poème de José-Maria de Heredia qui a bercé mon enfance :
"Ou penchés à l'avant des blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles."
A l'école primaire, dans ma banlieue cosmopolite de Marseille, mes camarades de classe étaient enfants ou petits-enfants d'émigrés venus d'Espagne, du Portugal, d'Italie, du Maghreb, de Pologne, d'Arménie ou d'Afrique, pour trouver du travail, fuir la dictature ou les massacres. Tous étaient, se sentaient, se disaient français et la moindre contestation se terminait à la castagne. Pour moi le monde entier était français et je rêvais d'en visiter chaque région.
Les années ont passé et le rêve a perduré. Aussi après une expérience enrichissante de 2 ans passés au fin fond du Sénégal, nous avons, avec mon épouse, décidé de nous expatrier.
A la Réunion, paradis s'il en est de la randonnée, je ne marchais pas. Après une semaine de travail de 70h sur les chantiers je n'avais qu'un désir, passer mon dimanche dans une chaise longue.
C'est mon épouse, adepte de la marche depuis sa prime enfance, qui a fini un jour par me convaincre de la suivre dans la traversée du cirque de Mafate. J'en suis rentré dans un état d'épuisement total. J'ai alors réalisé que, pour la première fois, j'avais passé une journée et une nuit entière, la tête vide sans penser à mon travail. Depuis cette époque, je n'ai cessé de randonner régulièrement et depuis notre retraite, pratiquement chaque jour (lorsque le temps le permet).
Nous randonnons en groupe, le plus souvent avec Terdav dont nous apprécions la qualité, l'humanité de ses guides amoureux et fins connaisseurs de leur région. Dans le groupe nous recherchons le contact humain. Les hiérarchies disparaissent. Nous sommes tous égaux lorsque les pieds pleins d'ampoules, nous pataugeons dans la boue. Après quelques jours passés ensemble les langues se délient. Chacun apporte quelque chose et on s'enrichit de l'expérience des autres. Le groupe en toute sécurité nous permet de randonner dans des contrées lointaines. Souvenir de ces enfants, dans un trek en Pays masaï, qui nous ont donné la main pour marcher avec nous car ils n'avaient jamais vu d'hommes blancs dans leur village, souvenir de ce paysan chinois qui nous a invité dans sa modeste maison pour nous offrir un bâtonnet de glace car il faisait chaud dans sa rizière, souvenir de ces Japonais qui, les larmes aux yeux, nous remerciaient de ne pas les considérer comme des pestiférés quelques semaines après Fukushima.
Nous randonnons en couple. Moment d'intimité où l'on partage les passions communes de la botanique, de la photographie. Marcher pour sentir l'odeur de la terre après la pluie, pour écouter le vent dans les branches, les grenouilles dans un étang, les cigales dans un olivier. Marcher pour photographier le petit monde des insectes, les cadrans solaires dans le Queyras, les orchidées en Provence, tout et n'importe quoi. Simplement pour accumuler des souvenirs communs.
Et plus tard, lorsque l'âge nous limitera, nous continuerons à marcher dans notre tête et à rêver d'étoiles nouvelles.

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