40 ANS DE VOYAGE A PIED

Et vous, pourquoi marchez-vous ?

TÉMOIGNAGES

Regis Leleu
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Regis Leleu

Regis Leleu

Chef de club (chef de cuisine)

Aquariophiles depuis plus de 30 ans, notre passion nous a amenés à fréquenter l'Amazonie puisque nous élevons des symphysodons (discus) originaires de la région du Pará au Brésil, puis l'occasion a fait de se trouver un pied-à-terre entre Santarém et Alter do Chão, en plein territoire indien, dominé par la tribu des Borari.
Après une petite recherche, nous avons déniché, une chiaccarra au bord d'un igapo avec 10 ha de forêt, qui nous sert de point de départ pour nos escapades, quand ce n'est pas nos aventures, ou nos expéditions aquariophiles. Nous y allons une ou deux fois l'an. Tantôt en période sèche, ce qui permet une concentration de poissons et de prédateurs. Tantôt en période pluvieuse, ce qui nous permet de filmer les reproductions (ce qui n'est pas simple car le Tapajo, affluent de l'Amazone, peut monter d'un mètre en une nuit et s'étale sur 5 km de large). Nous filmons et photographions en snorkeling la faune et la flore amazoniennes. Un vrai paradis que nous apprenons à apprivoiser.
Nos divers moyens de locomotion, avion, puis 4x4, bateau, pirogue, pour finir à pied, après quelques heures de marche dans un marigot, avec nos épuisettes, nos masques et tubas. Des rencontres les plus diverses, comme des pirañas, des candirus, des raies, des jacarés, des anacondas, nous demandent d'être en éveil de façon permanente, en Amazonie on ne triche pas.
Et puis des rencontres, tout aussi insolites que curieuses, comme les dauphins, qui viennent nous rabattre de la frétille dans nos filets pour le dîner. Au passage sur une sente, notre guide nous cueille des fruits et laisse des ananas pour le prochain. Quelle leçon d'humilité ! Il connaît aussi l'utilité des plantes en version pharmacopée. J'ai un profond respect pour ces hommes, et où ils nous accueillent avec leurs moyens. Nous avons remonté le rio Napo avec le Selva Viva, pour rencontrer des Indiens Yaguas qui nous ont initiés à la sarbacane de deux mètres de long. Ils sont capables d'atteindre le gibier, de façon spectaculaire et discrète, quelle leçon d'adresse ! Ou encore ce jeune Indien qui part à la pêche avec son arc. Il revient moins d'une heure après avec une dizaine de poissons sur une liane accrochée à son bermuda.
La progression en forêt est difficile, surtout lorsque le guide prend une direction sauvage, il faut jouer du coupe-coupe pour progresser, je vous fais grâce de la chaleur, de la moiteur, de la fatigue, de la boue, des moustiques, des sangsues, ou des tiques etc.
La nuit, le chemin vire au cauchemar, car munis d'une lampe de poche il nous faut balayer devant nous pour voir où l'on met les pieds, là les choses sérieuses commencent, sortent de leur trou les mygales, les serpents, petits et grands etc. Nos guides, eux, sont pieds nus, je crois rêver, ils nous invitent à observer l'igarapé de nuit, en nageant dans les entrelacs de branches et de renacos. Rajoutons les bruits de la forêt, les singes hurleurs qui se répondent dans la canopée, les hiboux qui hululent, les haras qui jasent. Qu'il est bon de retrouver notre sentier avant de s'effondrer dans notre hamac à la belle étoile ! Car ici lorsque le temps est clair, les étoiles sont par milliers dans le firmament depuis notre terre.
Eidge 54 pour l'Amazonie, régis pour l'Europe.

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